[Veille]
Auroville : un commun pour sa communauté

Cela fait maintenant 50 ans que le laboratoire urbain Auroville teste à grande échelle des innovations pour, selon les termes de Mirra Alfassa sa conceptrice, “apprendre aux hommes et femmes à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités”.

Comme une page blanche, le site choisi par les pionniers pour Auroville est un désert aride situé en Inde. En 50 ans, ce sont des centaines d’arbres plantés, des kilomètres de réseaux d’eau, des pompes, des éoliennes, et plus de 2000 personnes de 50 nationalités différentes qui expérimentent une société dans laquelle la propriété privée est interdite. Placé au centre et visible en tous points de la ville, le Matmandir est un lieu de méditation, qui ne fait aucune référence à une religion particulière.

Devenir Aurovillien

Pour devenir Aurovillien, il faut rester apprenti pendant un an. Pour occuper ou faire bâtir une maison, il faut faire un don à la fondation. Les services collectifs basiques (éducation, santé, culture) sont gratuits, certaines pratiques commerciales tolérées et strictement encadrées pour permettre aux habitants de voyager ou d’aider des proches à s’émanciper (payer des études par exemple).

Assurer la gouvernance

Après une période de tutelle exercée par le gouvernement indien, sa gestion est désormais entre les mains d’un conseil d’administration non-élu. Il comprend sept membres nommés par le gouvernement de l’État et choisis parmi les contributeurs du projet. Une gouvernance qui rappelle les organisations de l’innovation sociale et numérique : “celui qui décide, c’est celui qui fait”.

Trouver la voie

Toutes les décisions étant prises à l’unanimité à l’issue de laborieuses discussions, le résultat se traduit par une “paralysis from analysis” (paralysie due à trop d’analyse), comme le rapporte dans son numéro de décembre Auroville Today, le magazine édité sur place.

Ce qui peut expliquer qu’Auroville peine encore à s’ouvrir vers l’extérieur et à grandir pour atteindre le cap des 50 000 habitants imaginé par les concepteurs de la ville. Entre propriété privée et projet universel, Auroville cherche encore la voie pour atteindre l’émancipation individuelle et collective.