[Veille]
Une COP21 version locale

Le 29 novembre dernier était signé l’Accord de Rouen pour le Climat. Il concrétise la démarche originale d’une « COP21 Rouen Normandie » initiée il y a maintenant une année dans le cadre du Plan Climat Air Énergie Territoriale. Une première étape importante pour la mise en place d’une politique ambitieuse en matière de transition énergétique à l’échelle du territoire de la métropole normande, comme nous l’explique Agnès Grandou, Responsable de projet COP21 Rouen Normandie, à la Métropole Rouen Normandie.

Propos recueillis par Thibault Caudron.

Agnès GRANDOU, Responsable de projet COP21 Rouen Normandie, à la Métropole Rouen Normandie

D’où est née l’idée d’une COP21 à une échelle locale ?

Agnès Grandou – L’objectif de la Métropole Rouen Normandie est de mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire autour de la transition énergétique. Il découle de l’Accord de Paris qui visait à mobiliser les pays signataires pour contenir la hausse de la température moyenne mondiale en deçà de 2°C, voire 1,5°C. Si l’engagement est international, les Métropoles ont été chargées de la stratégie territoriale en matière de maîtrise de l’énergie. Or dans le cadre du diagnostic du Plan Air Énergie de la Métropole (PCAET) défini par la loi, nous nous sommes aperçus que les seules actions liées aux compétences de la Métropole ne pourraient suffire pour parvenir aux résultats escomptés. Notre marge de manœuvre était plutôt faible car nous ne pouvions agir directement que sur 8 à 10 % des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire. D’où notre volonté de mobiliser plus largement tous les acteurs et d’impulser une véritable dynamique territoriale à travers une COP21 locale.

 

Comment initier une démarche aussi originale ?

Agnès Grandou – Nous avons travaillé avec le WWF dans le cadre d’un partenariat. De là est née l’idée d’une COP21 locale. Il fallait vraiment que tous les acteurs du territoire soient concernés et agissent chacun à leur niveau pour répondre aux objectifs fixés. Pour chacun d’entre eux, les entreprises, les structures publiques, les communes, le monde associatif et les citoyens, nous avons mis alors en place des outils afin de les mobiliser à prendre des engagements fermes. Des engagements ensuite soutenus et suivis pour atteindre les objectifs fixés sur la réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre.

 

Quel dispositif est prévu à destination du grand public ?

Agnès Grandou – Sur le volet citoyen, nous avons vraiment souhaité toucher le plus grand nombre tout en favorisant les dynamiques collectives. En plus d’un site Internet, nous avons ouvert à tous l’Atelier de la COP 21. Cet espace situé en centre-ville réunit un ensemble de ressources, des expositions thématiques mensuelles (sur l’eau, la pollution, la mobilité à vélo, etc.) mais aussi tout un programme d’animations sous la forme de conférences ou d’ateliers pour encourager le public à passer à l’action. À ce jour, l’Atelier a accueilli plus de 5 000 visiteurs et de nombreux groupes scolaires via des ambassadeurs en lien avec l’éducation nationale. Nous nous sommes d’ailleurs aperçus que les visiteurs avaient un grand besoin d’informations très précises sur de nombreux sujets liés à l’environnement mais aussi de s’intégrer dans une action collective afin se sentir soutenus dans la démarche et de constater le bienfait de ces actions à plus grande échelle. De façon plus proactive, nous avons d’ailleurs mis en place des actions au niveau de quartiers entiers via des ambassadeurs qui ont fait du porte à porte pour sensibiliser et accompagner au changement des usages de chacun. Nous avons aussi créé un label pour récompenser les événements qui intégraient des démarches écologiques à travers au moins 5 écogestes réalisés (par exemple l’usage d’écocups). Nous disposons en plus d’outils de coaching individuel pour personnaliser l’accompagnement. L’application WAG (We Act for Good) proposée par le WWF a bénéficié d’un développement spécifique pour s’adapter aux besoins du territoire de la métropole. Enfin, un formulaire d’engagement des citoyens a été signé par déjà 600 personnes de la société civile.

 

Quelle a été l’accueil et la dynamique au niveau des entreprises ?

Agnès Grandou – Au niveau des acteurs économiques, nous avons ciblé dans un premier temps les grandes entreprises et les plus gros consommateurs d’énergie pour les inciter à travailler sur des engagements nouveaux. De nombreux domaines sont proposés comme la biodiversité ou l’isolation thermique, sachant qu’au final la démarche relève avant tout de la responsabilité de l’entreprise. Pour l’instant, une centaine d’entreprises ont accepté de jouer le jeu et de formuler des engagements fermes. Dans le même esprit que les citoyens, nous avons voulu initier des démarches collectives afin de massifier les actions (comme par exemple la collecte de bouteilles en plastique), mais aussi de partager les bonnes pratiques. De là ont émergé plusieurs coalitions, notamment sur l’utilisation de matériaux biosourcées dans la construction ou encore sur l’émergence du numérique responsable pour faire prendre conscience de la face cachée de la dématérialisation en termes de consommation énergétique. En tout 18 coalitions ont ainsi vu le jour.

 

Et les pouvoirs publics dans tout ça ?

Agnès Grandou – L’accueil du projet par les communes et les administrations publiques a été encourageant. Là encore, l’idée est pour elles de s’engager sur les prochaines années en faveur de la réduction de la consommation énergétique, l’émission des gaz à effet de serre mais aussi du mieux-vivre. Isolation des bâtiments communaux, entretien des espaces verts, cuisine bio pour la restauration scolaire, etc. les sujets ne manquent pas !

 

Quelles sont les bonnes surprises et les déceptions pour le moment ?

Agnès Grandou – En tout, nous avons collecté plus de 10 000 engagements des acteurs du territoire. Les réponses très favorables des entreprises constituent une vraie satisfaction. Nous avons réalisé qu’elles avaient des attentes à ce niveau mais qu’elles avaient du mal à les formuler ou à les enclencher. Avec notre démarche, elles peuvent bénéficier d’une valorisation de leur engagement et d’une mise en réseau profitable à tous. Au niveau des citoyens, la démarche a su dépasser le cercle des convaincus pour entraîner d’autres publics au départ moins sensibles à ces questions. Enfin, en interne ça nous a permis de mobiliser l’ensemble des services dans une dynamique transversale. Ça a été plus difficile au niveau des associations déjà impliquées sur ces sujets qui se méfiaient de la démarche et de l’éventuelle récupération politique. Nous comprenons leur posture et travaillons avec elles pour que tout le monde s’y retrouve au final. De même, les élus font preuve d’une envie d’aller très vite sur la concrétisation de toutes les actions. Mais tout cela prend du temps !

 

Ne craignez-vous pas que la dynamique soit tributaire d’un changement politique ?

Agnès Grandou – Nous n’avons bien évidemment aucune garantie de la pérennité de la démarche après les prochaines élections. Pour autant, elle reste inscrite dans le PCAET et surtout elle a montré son intérêt sur l’attractivité du territoire, la création d’emplois, la mise en place de nouvelles filières, mais aussi son apport sur les enjeux sociaux. Face à l’augmentation du coût de l’énergie, nous offrons des solutions concrètes pour diminuer sa consommation que ce soit par le changement de certaines habitudes ou l’isolation des bâtiments. Le fait de ne pas agir sur des cas isolés mais vraiment d’enclencher une dynamique collective qui commence à bien prendre est aussi une vraie force qu’il serait dommage d’abandonner.

 

Quelle est la suite prévue ?

Agnès Grandou – Le première grande étape a été marquée par la signature de l’Accord de Rouen pour le climat. Maintenant, l’idée, en plus de soutenir tous les engagements pris, est d’étendre plus largement la démarche au niveau des acteurs impliqués, des actions initiées. La Métropole souhaite aussi s’intégrer dans des démarches plus globales, par exemple au niveau européen.