Ils font la Communauté : Pierre Thieffry

Ils s’appellent Pierre, Amina, Céline, Carlos, Guillaume, Mescipa… Ils font partie de la Communauté d’innovation, avec chacun ses bonnes raisons. Aujourd’hui, rencontre avec Pierre Thieffry, un assidu de la première heure.

C.I. – Quelle est votre activité ?

Pierre Thieffry – Retraité, le seul retraité de la CI, je crois. Je participe à beaucoup de choses, j’aide des entreprises qui démarrent. Je suis passionné aussi par l’urbanisme et les espaces publics. J’ai l’impression que tout est délaissé maintenant. Avant, les rues étaient des lieux de rencontre, aujourd’hui c’est un endroit qu’on traverse sans s’arrêter. On a d’ailleurs créé une petite association qui réfléchit sur les espaces publics et qui veut enchanter l’espace.

C.I. – Un exemple de projet ?

P.T. – L’an dernier, on a fait un calendrier urbain de l’Avent. 15 minutes d’animation ludique du 1er au 24 décembre dans 24 lieux différents : un pique-nique sur un rond-point, faire chanter un oiseau en Bluetooth dans un arbre et distribuer les graines aux passants… pour faire se rencontrer les gens du quartier. Nous faisons aussi des propositions lors des concertations publiques, des propositions parfois décalées pour questionner les usages des lieux. J’étais dans les premières années de ma carrière dans l’urbanisme puis dans l’évènementiel. Cette association est donc une façon de prolonger ma vie professionnelle de façon plus décontractée et inspirante, comme on dit dans la CI.

C.I. – Depuis combien de temps faites-vous partie de la Communauté d’innovation ?

P.T. – Depuis le début.

C.I. – Pourquoi faites-vous partie de la Communauté d’innovation ?

P.T. – Ce sont des gens sympathiques et chaleureux. C’est une petite institution qui gère de la créativité dans la bonne humeur. C’est rafraîchissant. Je suis intéressé par les nouvelles technologies à condition qu’elles soient au service de la rencontre des gens, de la vie publique.

C.I. – Plus précisément que vous apporte la Communauté d’innovation ?

P.T. – Les déplacements : Gand, Paris, les espaces de coworking, mais aussi pouvoir discuter avec les gens lors des réunions. Il y a un partage d’expérience, différents âges sont représentés. Les rencontres et voyages permettent d’observer des façons de vivre.

C.I. – Qu’est-ce qui vous fait revenir aux différents ateliers ?

P.T. – Ce ne sont pas des rencontres « pipeau », ce sont des rencontres d’expérience, c’est du concret et la parole est libre. On peut dire ce qu’on aime ce qu’on n’aime pas. Ce ne sont pas des conférences théoriques qu’on peut avoir par écrit. Les cas concrets, on ne peut les comprendre qu’en visitant et en rencontrant les acteurs. L’avantage d’y être depuis longtemps, c’est qu’on connaît les gens, on échange mieux. Au début, c’était plus retenu, maintenant on se comprend, on échange plus facilement. On creuse plus profondément dans les différents sujets. Il n’y a que dans la durée qu’on peut voir la complexité des choses. J’y vais à chaque fois.

C.I. – Pour vous, quels ont été les moments forts de la Communauté d’innovation depuis que vous en faites partie ?

P.T. – Les visites sur le terrain. Dans le premier espace de coworking vu à Paris, j’ai aimé la mise à disposition temporaire de la logistique d’un restaurant pour permettre de se tester grandeur nature avant d’ouvrir en vrai son propre établissement. Dans le second espace de coworking à orientation biologie végétale, j’ai été surpris d’y voir cohabiter des thésards sur leur paillasse et un bidouilleur qui crée à distance la gestion d’aquarium exotique, c’était super intéressant. À Gand, j’ai été fasciné par l’utilisation de manière éphémère de sites, de friches, de bâtiments publics temporairement sans affectation. La ville les met à disposition des habitants pour qu’ils testent de nouvelles formes d’actions collectives. Pendant le Grand Barouf, il y a aussi des intervenants qui décoiffent. Certaines expériences présentées m’ont vraiment interpellé sur les modifications sociales engendrées par les nouvelles formes de communication.

C.I. – Quelles sont les thématiques qui sont abordées par la Communauté d’innovation et qui vous tiennent à cœur ?

P.T. – Les espaces éphémères, le coworking (nouvelles formes de travail), les nouvelles façons d’occuper les espaces publics et de vivre. Comment faire fonctionner des espaces de coworking, comment utiliser toutes les ressources communes, comment initier de nouveaux usages aux lieux délaissés, aux friches, comment organiser l’éphémère.

C.I. – Quelles thématiques aimeriez-vous que la Communauté d’innovation aborde ?

P.T. – Le modèle économique. On nous présente de manière merveilleuse les réalisations mais une grosse partie est financée avec l’argent public. On peut se demander s’il n’y a pas moyen de fonctionner sans et les perpétuer dans un régime de croisière ? Comment cohabiter avec des sociétés commerciales aux objectifs différents ? Quelle une gouvernance fonctionne dans la durée ? La réflexion sur comment inventer de nouvelle façon de vivre en commun m’intéresse aussi . Par exemple, les gilets jaunes sont un exemple intéressant, ils n’ont pas de structure. Comment pérenniser l’organisation, comment fonctionner dans la durée ? Une coopérative, 1 homme 1 voix, quelle place pour la collectivité publique, pour le mécène, pour l’utilisateur, pour le consommateur ? La notion de durée est importante, surtout dans la CI, on s’installe dans la durée, il ne faut pas faire du one shot.

C.I. – Comment imaginez-vous la Communauté d’innovation par la suite ?

P.T. – Il faut qu’elle reste ouverte et qu’il y ait du mouvement, des gens qui entrent et qui sortent. Avec un système uniquement logistique de base et de temps en temps quelqu’un en leader. Il ne faut pas qu’elle soit trop formalisée et qu’elle reste très ouverte et axée sur les expérimentations. Il faut continuer à visiter, à analyser des expériences dans la durée et aller les visiter à nouveau plus tard pour voir si ça fonctionne. Je suis retourné à Gand, j’ai vu que des choses avaient perduré, d’autres n’existaient plus.

C.I. – Prenez-vous les coordonnées des membres de la Communauté d’innovation ? Les gardez-vous ?

P.T. – Oui, j’ai rencontré des gens supers, que je retrouve sur d’autres projets. Notamment une personne avec qui on discute sur un espace public, sur un projet.

C.I. – Le mot de la fin ?

P.T. – L’intérêt c’est qu’il n’y ait pas de fin, que les choses se prolongent, pas de mots de fin que des mots de début.