[Tribune]
Le crowdfunding, un nouvel atout des collectivités locales

Par Adrien Aumont, cofondateur de KissKissBankBank

 

Depuis décembre 2015, les collectivités territoriales et les établissements publics sont officiellement autorisés à recourir au financement participatif. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Car certains y voient un aveu d’impuissance des pouvoirs publics à faire face à la baisse généralisée des dotations et donc de leurs budgets. D’autres parlent d’impôts déguisés, même si le cadre légal limite le crowdfunding aux projets à caractère culturel, éducatif, social et solidaire, et non le budget général de la collectivité territoriale.

C’est une certitude : le crowdfunding ne doit pas se substituer aux actions existantes mais plutôt être vu comme un atout supplémentaire au service de la collectivité. C’est autant un outil de dynamisme territorial qu’un outil de communication sur le dynamisme territorial. À l’heure d’une défiance grandissante à l’égard des pouvoirs publics, l’usage du crowdfunding par les collectivités instaure aussi une plus grande transparence dans la gestion de projets qui concernent l’ensemble de la société. Nous devenons acteurs des décisions publiques. C’est là une prémisse de ce que l’on appelle la démocratie participative.

Plus qu’un simple outil de financement, le crowdfunding apparaît donc comme un outil de mobilisation et d’engagement citoyen au service de la vie publique. Vous disposez d’une liberté de placer votre argent où vous voulez, d’agir sur votre environnement social et de le développer. La notion d’empowerment prend ici tout son sens. Les administrés et les usagers deviennent des acteurs, agissant sur leur cadre de vie social, économique, écologique, politique dans le sens propre du terme. Nous assistons selon moi à un changement de société, et non simplement une évolution dans nos modes de fonctionnement. C’est là le cœur de la démocratie participative et le fondement de notre action en partenariat avec les collectivités.

Le financement participatif est littéralement un circuit court de financement. Il lie les habitants, les usagers et toutes les personnes attachées à un territoire à titre géographique ou affectif. Plusieurs villes et communes ont fait des collectes sur KissKissBankBank. Les élus et techniciens qui ont mené ces projets nous font souvent le même retour : nous voyons dans les réunions, dans les conseils municipaux, dans les autres instances présentant les initiatives de financement participatif et plus concrètement parmi les contributeurs, des habitants que nous ne connaissions pas ou que nous ne voyions plus. Les entreprises et commerces locaux se joignent aussi à certaines opérations, tels des mécènes locaux.

En tant que plateforme de crowdfunding, notre rôle est d’être un facilitateur. Nous montons des partenariats pour que les collectivités deviennent expertes en ce domaine, mais aussi que les citoyens puissent s’emparer de cette nouvelle forme de démocratie participative. Les collectivités et leurs administrés sont rapprochés par ce type de partenariat associant pédagogie des collectivités, implication des habitants et écoute réciproque. C’est extrêmement vertueux.

Il est évident que de travailler avec des collectivités nous permet aussi de donner de la visibilité tant à nos partenaires qu’à KissKissBankBank. Pour autant, étant donné le temps de concrétisation des expériences, la rentabilité n’est pas évidente. Ce n’est pas notre but, sinon nous nous dirigerions plutôt vers des marchés plus lucratifs. L’intérêt est plutôt pour nous de pouvoir ouvrir nos plateformes et ses potentialités au plus grand nombre, d’éduquer les personnes dans leur investissement et dans l’usage d’un internet tourné vers l’intérêt collectif.

Malheureusement comme tout outil de participation, il produit des effets d’éviction. Nous avons beau être de plus en plus connectés, il existe une vraie fracture d’usage et les collectivités doivent y remédier. Il reste encore de nombreux citoyens, qui n’ont pas accès à internet, qui ne savent comment l’utiliser ou qui ne se sentent pas légitimes. Il faut former les gens à cette autonomie, à la gestion de l’argent en circuit court et à s’engager sur les projets de leur territoire. Quand une collectivité monte par exemple un projet immobilier social, pourquoi ne pas solliciter pas les citoyens ? Les impliquer ainsi dans le développement de leur ville et de leur verser les intérêts plutôt qu’aux banques ?

Ça a fonctionné sur plusieurs collaborations, notamment avec la MEL qui a permis de mettre en lumière des initiatives liées au mouvement des makers avec un impact social fort. Il faudrait maintenant pouvoir changer d’échelle et étendre ces initiatives à d’autres projets dans d’autres secteurs, tout ce qui est de l’ordre du travail et de la vie en communauté. C’est un nouvel outil pour les collectivités, dont les processus de décision sont parfois longs, mais il s’agit d’une opportunité nouvelle de réaffirmer leur rôle et de repenser la vie citoyenne.

Adrien Aumont

Tout a commencé très tôt pour Adrien. En quittant les bancs (du fond) de l’école à 14 ans, il travaille dans le cinéma, à la télévision, et crée une agence de communication epidemiK spécialisée dans la viralité, avant de devenir créatif dans la publicité pendant quelques années.

Une courte aventure dans l’industrie musicale le plonge au cœur de ses mutations, et achève de le convaincre que tous les autres secteurs de la création et de l’innovation vont connaître les mêmes bouleversements. Révolution au sein de laquelle il a souhaité s’impliquer au quotidien.

Sur KissKissBankBank, il vous propose de devenir un des acteurs de la mutation qui s’impose. Son rôle est d’accompagner tous les créateurs à aller au bout de leurs projets.